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Et Lux In Tenebris Lucet

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  • : Serge Queudeville, sur les voies qui mènent à la Lumière, partage ses réflexions et points de vue . Voir ma page au Les cocréateurs
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10 septembre 2005 6 10 /09 /septembre /2005 23:00

Le jeune homme, cependant,

resta muet. Il avait appris

le silence du désert, et se contentait

De regarder les palmiers en face de

Lui. Il avait encore un long chemin

À parcourir pour arriver jusqu’aux

Pyramides…

Paulo Coelho (L'Alchimiste)

 

 

 

 

 

 

 

 

  Dans cet extrait de L'Alchimiste de Paulo Coelho, le silence demande un apprentissage. Cet apprentissage du silence n’est qu’une étape, passage incontournable par où doit cheminer nécessairement le cherchant, souffrant et persévérant, qui espère un jour s’approcher de la vérité, vérité symbolisée par les pyramides, dans ce texte offert en exergue.

Dans un premier temps, je souhaite définir l’acception des termes employés :

Pour le silence, nous devons distinguer deux niveaux : en effet, être silencieux signifie  ne pas exprimer par des vibrations sonores, l’agitation intérieure, mais, au delà de cette acception, c’est aussi être capable de maîtriser cette agitation afin d’obtenir une paix silencieuse intérieure.

Quand à l’expression orale, Verbe, langage ou parole, les mots ne signifient pas la même chose selon la personne qui les prononce ou qui les reçois, car le code est flou pour le profane et le décodage est d’autant plus emprunt de distorsion, que les références entre émetteur et récepteur divergent ou ne sont pas sur le même plan. elle est langage et parole à la fois. l’expression orale, permet d’exprimer une idée, au moyen d’un encodage de vibrations audibles, de consonantes plus ou moins vocalisées.

In principio erat Verbum et Verbum erat apud Deum et Deus erat Verbum

Au commencement était le Verbe… et le Verbe de Dieu, expression de l’incréé à façonné et entretien la création. Le Verbe de Dieu a fait l’homme à son image, qui comme son créateur détient en partie son pouvoir grâce au verbe.

Il me semble maintenant utile de faire remarquer que nous, tous autant que nous sommes, faisons tout à l’envers. En effet, le titre de cet exposé est bien « du silence à l’expression orale ». Or, depuis le premier instant je n‘ai fait que parler et ce n‘est qu’après un certain temps d‘expression orale que je vais finir par me taire. De même dans la vie, le cherchant, parle beaucoup avant de comprendre que ce n’est que dans le silence intérieur, qu’il va pouvoir expérimenter VITRIOL, distinguer l’étincelle de lumière qui brille en lui, sentir les vibrations subtiles qui l’animent, comprendre et distinguer Aduck Stat et commercer à reconstruire son être de lumière."Au commencement était le verbe..." nous dit Saint Jean, et l'enfant qui vient de naître fait résonner sa voix. Mais avant cette naissance, il gardait le silence, dans le ventre de sa mère. L’être prépare sa naissance en silence.

Ce silence représente de nombreuses choses... et pour mieux approcher la vérité, selon le principe de polarité, je dois ajouter: et leurs contraires.

Dès les premiers instants de sa conception, et jusqu'à sa naissance, l'être humain donc, est relativement silencieux, et tout le monde admettra pour le moins qu'il n'a pas la parole.

Dès sa naissance, et au moment où ses poumons s'emplissent d'air, il laisse entendre le cri de la vie nouvelle qui vient d'apparaître.

Selon le principe de rythme, toute chose a sa durée, et, tout au cours de sa vie, l'être humain aura l'occasion de s'exprimer, ...et, de se taire, de garder le silence, de s'exprimer de nouveau et à de nombreuses reprises, pour un beau jour se taire définitivement.Le silence a d'immenses vertus. Il permet la réflexion profonde sur un sujet donné. Il permet d'écouter, de comprendre et de s'enrichir des idées des autres. Il permet de méditer, de soumettre à un examen intérieur; au cours d'une oraison silencieuse, de se mettre à l'écoute du Créateur et, par cette pratique, de laisser tomber petit à petit les voiles de l'ego, de rencontrer le cœur des hommes. Le silence bien conduit, laisse un beau jour apparaître le soi.

Le psychanalyste se tait et écoute son patient. L'élève, le disciple, se taisent et écoute le maître...

Écouter les autres, c'est les reconnaître, les faire exister. C'est aussi une manière de se voir, car mes qualités sont en eux, leurs défauts sont les miens, et, celui que je n'apprécie pas me renvoie en spectacle les défauts que je m'évertuais à dissimuler.

Le silence est une expérience que l'on comprend mieux lorsqu'on l'a souvent et longtemps pratiqué. Le silence bien compris permet de laisser venir émerger les solutions, aux petits ou grands problèmes, qui nous préoccupent tout au long de notre vie.

Je repense à un auteur américain, Ron Holland qui met 3 fois la lettre "S" sur un piédestal: Silence, Solitude, and Stillness, 3 piliers de méditation, qui permettent au "Subconscient Mind" de faire jaillir de l'esprit, des solutions qui ouvrent la voie vers les buts que l'on s'est choisis.

Celui qui cherche la vérité, et surtout à ses débuts saura garder le silence et écouter. cette stratégie va lui permettre d'entendre, de mieux comprendre, ce qui se passe autour de lui. Quelle voie magnifique, que cette ouverture offerte sur la profondeur de son être, sur le contenu de son âme. Il va pouvoir tailler dans la gangue, se libérer des préjugés...

 

Au commencement, était le Verbe, rappelais-je en préambule . Le verbe est, pour l'être humain, les premiers balbutiements d'un système privilégié d‘expression. Ce nom de verbe convient à la parole proférée à l'extérieur, ainsi qu'à ce que conçoit intérieurement notre esprit. Le verbe est à la fois pensée et parole. Il est l'intellect divin manifesté par la création. Selon le principe de mentalisme, "Tout est esprit, l'univers est mental". Le langage ne fait pas exception.

En reprenant les plans de correspondance de l'enseignement hermétique: "Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, ce qui est en bas est comme ce qui est en haut", la parole est aussi l'intellect humain manifesté par l'esprit de l'homme.

Grâce au verbe, à l’expression orale, à l'exemple du macrocosme, le microcosme devient créateur. La vibration du langage, vecteur de volonté, traduit la conception de l'esprit et agit sur le monde, quel qu'en soit par ailleurs le résultat.

Pour ne pas quitter Hermès Trismégiste, ajoutons que "Rien ne repose; tout remue; tout vibre", et en effet la parole, la voix humaine, l’expression orale de l’être, n'est que vibration. Cela n’est pas sans conséquence : toute vibration physique détermine des changement d’état dans les plans astral et psychique. Il est donc indispensable que celui qui recouvre l’autorisation de parler puisse concevoir l’influence considérable qu’exerce le verbe de l’être humain sur tous les plans de la nature. Il doit savoir que l’émission du verbe comprend trois effets simultanés :

- émission du son, qui influence le plan physique de la nature

- émission d’énergie vitale qui influence le plan astral

- libération d’une entité psychique, qui n’est rien d’autre que l’idée initiale à laquelle la consonance du verbe a donné vie et la vocalisation a donné corps.

Chaque idées, manifesté de la sorte dans le monde matériel agit un certain temps, comme un être véritable. La force, la puissance de cette action prendra d’autant plus d’ampleur, dans la synergie d’un groupe homogène avec ce que l’on nome « égrégore ».

Cette science du verbe est enseignée dans l’initiation orientale avec les mantras, et l’initiation occidentale avec les formules de la Cabale en langue hébraïque

 

 

  Selon Aristote, la parole, "les sons émis par la voix sont les symboles des états de l'âme, et les mots écrits les symboles des mots émis par la voix". Le langage est véhicule des idées et des concepts.

Autrement dit, l’expression orale de l’être humain, est une formulation une représentation : de la pensée à l'intérieur, parole à l'extérieur. Les modes d'expression du langage et celui des symboles figuratifs sont complémentaires. D'ailleurs, primitivement, l'écriture est idéographique.

 La forme du langage est analytique, discursive, comme la raison humaine, dont il est l'instrument et dont il reproduit la marche.

Par contre le symbolisme est synthétique et intuitif. Il est un point d'appui … l'intuition intellectuelle, au dessus de la raison et qui offre des possibilités de conception illimitées, réservées aux initiés qui savent voir.

Si les vibrations de l’expression orale expriment la pensée. De par sa codification , la compréhension de ce qui est exprimé requiert la ré appropriation du sens et celui qui écoute doit comprendre de quoi il s'agit, et avoir de riches références, s'il ne veut pas juger à l'aune de son ignorance.

Grâce à Dieu, au travail ininterrompu dans la recherche de la perfection, nous pouvons appréhender la parole, sans jugement, sans conclusion rapide, et avec amour.

Comme il en fut chez les constructeurs de pyramides, il y a une hiérarchie dans le langage, et, selon Heidegger, ce qu'il appelle Sagen (le dire), le langage accompli du poète, domine le Sprechen, (le parler) du langage ordinaire.

Dans certaines circonstances, il est préférable que l’expression orale soit modulé par un chant, afin de donner par exemple plus de puissance à une prière. Selon Papus, «…si l’on ne peut s’accompagner d’un instrument de musique, il est indispensable de chanter …sur un air grave et lent… » les paroles d’une prière.

L'écriture utilise un alphabet ou des idéogrammes. Les symboles sont plus ou moins puissants. Contrairement à l'idéogramme, une lettre d'un alphabet, seule, représente peu de chose. Son pouvoir réside dans ses possibilités de combinaison.

Au contraire, des chiffres, des formules mathématiques, des représentations graphiques, comme celles d'Altus dans le "Mutus Liber" , remplacent à elles seules, des pages entières d'écriture, et beaucoup plus qu'un long discours.

L'état de rêve a lui aussi son langage et, les aventures que nous vivons dans cet état, doivent être décodées, afin que nous puissions en comprendre le sens.

 

L’apprenti ayant fait son temps, le moment venu de reprendre la parole sera une fête, car la parole est un levier. Le Verbe est le levier créateur du macrocosme, comme celui du microcosme.

Le cherchant, lorsque son maître l’en aura trouvé digne, reprendra la parole progressivement, avec modération, sachant qu'il ne maîtrise par encore parfaitement l'outil, qu'il ne conçoit pas encore les conséquences de chacun des mots, de chacune des phrases qu'il va exprimer. Mais il peut glisser un mot, une idée, l'étincelle qui peut-être, donnera quelque part, un petit coin de lumière.

La parole lui a été confisquée, car ses mots n’étaient que des vêtements vides, sans corps, pollution de vibrations inutiles et stériles : « Spechen » selon Heidegger.

Au moment où lui est redonné le droit à la parole, l’élève doit prendre conscience qu’il n’est pas question de recouvrer les anciennes habitudes et le flot des mots vides. Il s’agit au contraire d’un apprentissage qui va lui demander autant d’effort que l’apprentissage du silence, l’expression orale n’étant que le vêtement de la volonté destinée à mettre en pratique, à modéliser l’idée initiale.

Aussi doit-il être à l'écoute des conséquences de ces paroles, car l’expression orale n'est rien que paroles sans importance, si elle n'est pas intérieurement lié par la manifestation de ce qui advient lorsque le penseur s'exprime.

Ce qui fait le langage n'est ni sa grammaire, ni son lexique, mais son pouvoir de faire parler ce qui est dit dans la tradition. Aussi, faut-il parler modérément et rechercher la vérité, sachant que , selon le principe de polarité, « semblable et dissemblable ont la même signification, que les pôles opposés ont une nature identique à des degrés différents et que toute vérité n'est que demi vérité. »

Voilà pour tous, une bonne raison pour devenir plus tolérant.

Cela dit la tolérance ne doit pas empêcher vigilance et prudence. Ésope nous rappelle que la langue, organe de la parole, de la vérité, de la raison, de la sagesse, peut être aussi à l'origine des guerres, répandre le mensonge, l'erreur et la calomnie... chacun de nous a déjà entendu l'expression "langue de vipère".

Pour conclure, celui qui a compris que: "les lèvres de la sagesse sont closes excepté aux oreilles de la raison", parlera à bon escient.

Enfin, je me souviens d'un proverbe que j'ai entendu en Allemagne: "Der WeiB weisse was er sagt, der Tor sagt was er weisse". (Le sage sait ce qu'il dit, le sot dit ce qu'il sait).

 Et avec l’acception, selon Heidegger : j’ai dit.

 

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Published by Queudeville - dans ésotérisme
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commentaires

Gossellin DB Grégory 12/12/2005 10:03

Quel joli travail de compilation et de synthèse sur l'importance du Silence et du Verbe dans les enseignements traditionnels.

Il y a dans ton blog beaucoup d'enseignements qui nécessitent une grande connaissance de soi pour pouvoir être appliqués... Le principe créateur de la pensée et du Verbe est un exemple frappant car le savoir ne permet pas l'utilisation consciente du principe naturel.

Si le silence est important, que dire des écrits qui ne sont que les extensions du langage oral. L'écrit est d'autant plus frappant qu'il touche encore plus de personnes, jusque dans leur intimité. On retrouve beaucoup de livres d'ésotérisme qui propage de véritables enseignements mais sous une forme qui les rend totalement inutilisables, ou encore pire ... dangereux. Si la lumière doit s'épanouir dans les ténèbres, doit-in réellement écrire sur ces forums, ou sur ces wikis, que tout le monde peut lire ?

A ce propos, je n'ai pas trouvé l'entrée du forum, je ne suis donc pas initié de la même tradition...